Plus de dix ans après les
attentats du 11 septembre, New-York semble continuer à panser doucement ses plaies. On ne sait pas combien de temps durera la
cicatrisation mais on trouve encore des stigmates apparents dans les rues de la
ville. Une balade dans Wall Street un week-end ou jour férié permet de mesurer
les écarts de traitements que subit le quartier par rapport aux autres. Des
policiers et gardes civils à tous les croisements et sur certaines rues, les
plus emblématiques du capitalisme américain, des rehausseurs géants en plein
milieu des routes afin d’éviter toutes circulations automobiles ou toutes
attaques. Ambiance étrange d’un blocus infécond, de guerre urbaine passée et
qu’il faut espérer n’arrivera plus jamais.
Il en va de même pour le site
du World Trade Center aujourd’hui hautement sécurisé. On n’y entre pas
comme çà…. Il faut d’abord se déclarer sur le site internet, définir son jour
et son heure d’arrivée puis imprimer soi-même son billet d’entrée. Le jour J,
passage obligé par les nombreux checks points de l’administration du site.
Passeport obligatoire, détecteurs de métaux et autres scanners. Sur le passage
qui mène au site, on nous fait mettre en rangs de trois (plus facile à compter)
sous les yeux silencieux devpetites caméras estampillées NYPD. Un impressionnant
dispositif à l’américaine mais qui semble quelque peu vain. En réalité, on
peut passer les contrôles sans monter sa carte d’identité ou son passeport et
les restrictions concernant les sac-à-dos (interdits au-delà de 20cm de haut)
ne sont guère respectées.
Qu’importe car au fond c’est
bien le site en lui-même qui fascine et non les à-côtés. Actuellement, le site
ressemble à une immense esplanade vierge de tout artifice. Seuls de jeunes chênes
blancs cohabitent avec des platebandes de lierres fraichement plantées. Dans
cette immense enceinte de béton et de végétation, verte et grise, seul le bruit
de l’eau en continue brise ce silence urbain. Le bruit de l'eau qui coule sans fin dans ces deux immenses bassins situés aux exacts emplacements
des tours. Le projet architectural de ce mémorial est d’une force assez dense,
difficile à appréhender par de simples mots car même si l’image métaphorique est
évidente (trauma sans fond, larmes/pleurs sans fin) le site parvient à figer le
temps et à faire resurgir nos propres souvenirs intimes de la catastrophe :
Que faisais-je en ce jour ? Qu’avais-je vraiment ressenti ce jour là en
visionnant les premières images ?
Malheureusement, le site ne
devrait pas s’arrêter à ces bassins. Un musée est en cours de construction et
contiendra deux immenses fourches métalliques qui soutenaient les deux tours
ainsi qu’une foultitude d’autres objets (dixit la brochure). De plus, autour de
Grand Zero devrait sortir de terre quatre nouvelles tours babyloniennes dont la
plus emblématique (celle actuellement en construction) sera la plus grande des
Etats-Unis. Un projet qui je le crains fort atténuera quelque peu l’effet
mémorial sans parler du fait que le musée fera, à n’en pas douter, l’apanage
(avec juste raison!) de l’héroïsme des new-yorkais et des ses pompiers/policiers
mais oubliera sans doute de mentionner les causes qui ont conduit à cette
tragédie. Gageons que cela ne soit point le cas, gageons que le site gardera sa
force emblématique humble et épurée ou la mémoire intime de chacun converge
vers une mémoire collective qui ne peut/doit oublier.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire